Quinze ans après la chute et l’exécution de son père, Mouammar Kadhafi, quelle influence le décès de Saïf al-Islam aura-t-il sur l’avenir d’un pays toujours en proie à l’instabilité ?
À seulement 53 ans, Saïf al-Islam Kadhafi a connu une fin brutale. Sa trajectoire a été fauchée mardi par les balles d’un commando de quatre assaillants lors d’une embuscade à son domicile de Zintan, dans l’ouest de la Libye.
Si l’identité des meurtriers reste inconnue, certains observateurs estiment, non sans pragmatisme, que sa disparition lève un obstacle majeur au processus électoral et au redressement de l’État.
De dauphin désigné à paria international
Avant le soulèvement qui a balayé la dynastie Kadhafi, Saïf al-Islam était pressenti pour succéder à son père. Il devait perpétuer l’hégémonie familiale, suivant un modèle de transition dynastique observé ailleurs sur le continent africain.
Personnage clivant, il suscitait autant d’adulation que d’hostilité. Dans les années 1990 et au début des années 2000, il s’était imposé comme le visage fréquentable du régime, séduisant l’Occident par un discours réformiste laissant espérer une rupture avec la tyrannie paternelle. Ce vernis a volé en éclats lors du Printemps arabe, lorsque les Libyens sont descendus dans la rue pour réclamer un changement de régime.
Visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour son rôle dans la répression sanglante de la révolte de 2011, il était traqué tant au niveau national qu’international. La CPI n’obtiendra jamais son extradition : jugé hâtivement par les autorités locales, il purgera six ans de prison pour les crimes du régime déchu.
Après avoir bénéficié d’une amnistie, Saïf al-Islam s’était replongé dans l’arène politique. Pour les partisans de l’ancien régime, il représentait l’espoir de voir un Kadhafi reprendre les rênes du pays.
Actuellement, la Libye demeure fracturée par une rivalité institutionnelle entre Tripoli, siège du gouvernement reconnu internationalement, et Benghazi, bastion d’un pouvoir parallèle. Malgré l’absence de conflit ouvert généralisé, l’impasse politique persiste, bloquant toute réforme électorale. Dans ce chaos, les nostalgiques de l’ère Kadhafi voyaient en Saïf al-Islam un homme providentiel capable de restaurer l’ordre.
Sa candidature au scrutin de 2021, finalement reporté sine die en raison de l’insécurité, illustrait cette ambition.
Pour Emadeddin Badi, chercheur au Middle East Programs de l’Atlantic Council interrogé par l’AFP, la mort du fils prodige pourrait en faire un martyr pour une partie de la population regrettant la stabilité et la prospérité pétrolière des années 1980 à 2000. Toutefois, Badi souligne que sa disparition pourrait paradoxalement « modifier la dynamique électorale en éliminant un verrou majeur à la tenue de l’élection présidentielle ».
Ses détracteurs s’opposaient farouchement à sa participation au scrutin, dénonçant une velléité de restauration dynastique rappelant l’époque du roi Idris, renversé en 1969 par Mouammar Kadhafi au nom de la lutte contre la corruption et l’ingérence.
Source/WN/as/lb/Sf/APA




