et c’est toute la démocratie américaine qui tremble
La remise en question par le président américain du fonctionnement des élections locales provoque une très vive réaction dans plusieurs États.
Le spectre du 6-Janvier plane toujours au-dessus de la démocratie américaine. Cinq ans après l’assaut du Capitole par les partisans chauffés à blanc de Donald Trump, le milliardaire profite de son retour aux affaires pour continuer à saper de l’intérieur le système politique des États-Unis. Dernière preuve en date : sa volonté de « nationaliser » les scrutins, qui inquiète de nombreux élus locaux.
À l’approche d’élections de mi-mandat prévues début novembre, les fameuses midterms, le chef de l’État américain multiplie les attaques contre le système électoral. S’il affirme à tout-va qu’il a besoin de remporter le scrutin, « pour son ego », Donald Trump se prépare surtout à une lourde défaite… et à la contester. Car dans le cas d’une majorité démocrate, il pourrait rapidement faire face à une nouvelle procédure d’impeachment, la destitution à l’américaine.
Alors pour se donner des chances de l’emporter, il envisage de modifier l’organisation des élections aux États. Ou plus précisément de retirer cette prérogative à certains États, ceux qui ne sont pas favorables à ses idées. Au cours d’une intervention dans un podcast conservateur, il a ainsi expliqué avoir ciblé « une quinzaine d’endroits », parmi lesquels Detroit, Philadelphie ou Atlanta. Soit des grandes villes démocrates et à forte population noire, qui lui envoient systématiquement des opposants au Congrès.
Un système destiné à garantir la séparation des pouvoirs
Fidèle à sa rhétorique habituelle, qui l’a notamment vu contester le résultat de la présidentielle perdue contre Joe Biden en 2020, il a expliqué à propos de ces villes : « Si elles ne sont pas fichues de compter les voix avec sincérité (…) alors il faut trouver une autre solution. » Soit dans son projet, laisser les autorités fédérales comptabiliser les votes, avec la part de risque que cela comporte sous une administration qui ne s’embarrasse pas de jouer avec les règles. D’autant que ce plan comporte aussi un volet intrusif pour les citoyens puisque Washington collecterait au passage des données personnelles sur les électeurs.
Reste que pour mettre son plan à exécution, Donald Trump va devoir franchir une limite sacrée, la Constitution. Celle-ci est limpide sur le sujet et dit clairement que les États sont en charge de l’organisation des élections, y compris quand elles ont une portée nationale à l’image des midterms. Comme l’explique à l’AFP Justin Levitt, professeur de droit à la Loyola Law School passé par l’administration de Barack Obama, ce dispositif a justement été pensé comme un moyen de « séparer les pouvoirs » et d’éviter l’immixtion présidentielle dans ces scrutins.
Au niveau local, de nombreux spécialistes de la matière constitutionnelle et des élus ont rappelé cette évidence. Dans le Colorado par exemple, l’association des juristes s’est élevée contre Donald Trump : « S’il tente de passer en force et de prendre le contrôle des élections par un executive order (un décret, ndlr), ce sera illégal. » Du Maine au Nebraska en passant par le Montana, nombre d’élus locaux, républicains comme démocrates, ont aussi contesté le plan présidentiel. De la même manière, les 24 gouverneurs démocrates du pays ont fustigé dans un courrier commun le projet « antidémocratique » de Donald Trump, « qui vise à réduire au silence les Américains s’opposant à sa présidence coûteuse et destructrice ». Même le républicain John Thune, à la tête de la majorité au Sénat, s’est prononcé contre l’idée de Donald Trump.
Or ce projet de prise de contrôle des scrutins n’est pas la seule action que dénoncent ses opposants. En 2020, Donald Trump avait déjà demandé que le FBI puisse saisir les machines à voter dont il contestait le résultat, faisant naître la crainte qu’une partie des bulletins majoritairement défavorables à Donald Trump disparaissent. À l’époque, le Procureur général (l’équivalent du ministre de la Justice) s’était opposé à cette mesure, évidemment illégale. Mais aujourd’hui, l’administration est bien plus complaisante avec le chef de l’État, y compris quand il outrepasse ses droits.
Déjà prêt à contester de futurs résultats défavorables
Par ailleurs, toujours déterminé à prouver – en dépit de multiples décisions judiciaires assurant l’inverse – qu’il a été spolié de sa victoire à la présidentielle en 2020, Donald Trump a récemment fait saisir quantité de documents dans un centre électoral d’Atlanta, en Georgie. Tout cela pour tenter de démontrer ses allégations fantaisistes de tricherie, lui qui a déjà demandé à la ministre de la Justice Pam Bondi de multiplier les offensives juridiques et judiciaires contre ses adversaires.
Une opération dirigée en personne par la patronne du renseignement américain Tulsi Gabbard, qui a transmis un appel de Donald Trump aux agents sur le terrain, dans une manœuvre tout à fait inhabituelle et qui a fait lever de nombreux sourcils. Le Brennan Center for Justice, une ONG progressiste attachée à la défense de la démocratie, a qualifié l’événement d’« escalade extraordinaire dans la tentative de l’administration de discréditer le résultat de l’élection présidentielle », en faisant au passage « le fondement d’interférences futures dans les résultats électoraux ».
Là encore, l’objectif de Donald Trump est très clair : bien qu’il ne parviendra que très difficilement à prouver une éventuelle triche, il jette encore un peu plus le discrédit sur le fonctionnement de la démocratie américaine et alimente la défiance de ses soutiens. De quoi poser les bases d’une future contestation des résultats des midterms. Un procédé qui pourrait aller très loin, à entendre les proches du président. Cette semaine, Steve Bannon, son éminence grise, a assuré que l’ICE serait mobilisée pour « encercler les bureaux de vote ». Voilà qui (ne) pose (pas) les bases d’élections justes et apaisées.
Source : https://www.huffingtonpost.fr/




