prononcé par le Général de Brigade Alou Boï DIARRA, chef d’état major de l’Armée de l’air, camarade de promotion du Général d’Armée Sadio Camara.

Oraison funèbre : Général d’Armée Sadio CAMARA

  • Excellence M. le Président de la Transition, Chef de l’Etat, Chef Suprême
    des Armées ;
  • Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement ;
  • Monsieur le Président du Conseil National de Transition ;
  • Mesdames et messieurs les Présidents des institutions de la République ;
  • Mesdames et messieurs les anciens présidents des institutions
  • Mesdames et messieurs les membres du gouvernement du Mali et de la
    Confederation des Etats du Sahel (AES);
  • Mesdames et messieurs les anciens ministres ;
  • Monsieur le Secrétaire général du Ministère de La Défense et des Anciens
    Combattants ;
  • Mesdames et messieurs les ambassadeurs et représentants du corps
    diplomatique et consulaire ;
  • M l’IGAS
  • M le CEMGA
  • Mesdames et messieurs les CEM et Directeurs de Services ;
  • Monsieur le Gouverneur du District de Bamako ;
  • Madame le maire de la commune III du District de Bamako ;
  • Mesdames et messieurs les légitimités traditionnelles, chefs de quartier et
    chefs de confessions religieuses ;
  • Mesdames et messieurs les anciens ayant combattu pour le Mali ;
  • Off, soff et militaires du rang des Fces Armées et Sec;
  • Chers concitoyens ;
  • Parents, amis, alliés de la Famille CAMARA;

Nous voici réunis en ce jour du jeudi 30 avril 2026, non pas pour célébrer une fin,
mais pour rendre grâce et témoigner d’une vie qui a marqué à jamais notre
histoire, notre présent, et continuera de marquer notre futur. Devant cette
dépouille, le silence qui nous étreint n’est pas celui du vide : il est l’écho puissant
d’une voix qui a porté si haut les aspirations de tout un peuple.
Lorsque la promotion m’a confiédonné la redoutable mission de prendre la.parole
en son nom pour transmettre nos condoléances à la nation et partager les
sentiments des camarades sur la perte du Général d’Armée Sadio CAMARA, je
me suis senti comme dans un piège, un triple piège.

D’abord, qui suis-je, pour prétendre cerner ce grand homme au point de
m’exprimer en cette si terrible occasion? Quelle légitimité ai-je de parler de
Sadio? Qui suis-je pour faire en public les louanges de celui qui a toujours vécu
dans la discrétion et l’humilité, fuyant les projecteurs de la gloire personnelle?
Et puis, comment vais-je dominer le sentiment de colère, d’impuissance, voire de honte, oui, de honte, alors que depuis le samedi 25 avril 2026, je n’arrive pas à
expliquer à ma propre conscience pourquoi ce n’est pas moi qui suis parti à la place de Sadio? Pourquoi Allah a décidé de prendre le meilleur d’entre nous, celui qui s’appliquait avec tant de ferveur à exécuter sur terre la volonté divine? Je ne me sens aucun mérite de me trouver au podium ici et maintenant. Je devrais être avec lui. L’ordre naturel des choses aurait voulu que ce soit lui, mon frère, mon ministrechef, qui lise mon oraison funèbre.

Enfin, mon 3e défi, si j’acceptais malgré tout cette mission de la Promotion, était
d’éviter le piège de l’accaparement. En effet,même si je ne devais témoigner que
pour moi seul, en mon seul nom, une journée entière ne suffirait pas pour dire tout le bien que je pense de Sadio. Comment puis-je alors m’empêcher d’en faire mon affaire personnelle, alors que chaque membre de la 24e Promotion espère rappeler le lien particulier qu’il ou elle avait avec Sadio? Après avoir consulté plusieurs camarades, et échangé avec d’autres personnes l’ayant côtoyé, et en voyant également les réactions du monde entier, j’ai compris qu’en fait je n’étais pas le seul à être désemparé. J’ai vite réalisé que Sadio appartenait à toutes les corporations, à tous les corps de métiers. Sadio appartient à tout le Mali, à toute l’Afrique. Sadio appartient à l’humanité entière.

Le Général d’Armée Sadio Camara, Ministre d’Etat, Ministre de la Défense et
des Anciens Combattants portait un titre, et exerçait une fonction de la plus haute
importance Mais pour nous, il était une incarnation, depuis notre jeunesse
partagée. Celle de la dignité dans l’épreuve, celle de la vision dans la tempête et celle de la force tranquille face aux vents contraires de l’Histoire. Là où d’autres voyaient des murs, il a tracé des chemins. Là où d’autres voyaient des obstacles, il ne voyait qu’opportunités. Là où le bruit de la division menaçait, il a imposé, par sa seule stature, le diapason de l’unité et de la raison.

Le monde entier se souvient de cet homme d’État dont la parole rare était une boussole, dont chaque mot pesait le poids d’un engagement, dont chaque silence mesurait avec gravité la profondeur d’une réflexion… / Nous, camarades de promotion, nous voyons encore Sadio, le frère jovial, taquin et social. Il appartenait à cette race de soldats qui ne travaillait pas pour la gloire éphémère de l’instant, mais pour le jugement serein des siècles. Son héritage n’est pas fait de marbre figé, mais de vision ambitieuse, de générosité, de piété absolue devant le destin, d’humilité, de bravoure et de bienfaisance.

Sadio avait une vision sans égale. Rempli de reconnaissance pour ce que notre
pays a fait pour lui depuis son enfance, il voyait grand pour le Mali. Son ambition
n’était pas seulement opérationnelle, elle était structurelle. Il a bâti et contribué à
bâtir partout des infrastructures sociales, sanitaires, sans jamais chercher à en tirer
une renommée ou un avantage personnel. A titre d’exemple, alors qu’il conduisait la transformation du visage de l’Armée malienne, en contribuant avec rigueur à
la mise en œuvre de la vision du plus illustre officier de la 24e Promotion, en la
personne de Son Excellence le General d’Armée Assimi GOITA, Sadio a
récemment entrepris un projet de transformation du siège du Ministère de la Défense en une infrastructure moderne. En regardant les plans de ces vastes
bureaux qui offriront plus de confort à l’autorité, il a répété encore récemment à
ses proches collaborateurs qu’il ne s’y installerait jamais. Rétrospectivement,
certains y ont vu une prémonition, parmi tant d’autres signes qui montraient qu’il
était spirituellement préparé à rejoindre son Créateur. D’autres y ont vu une
nouvelle manifestation de sa simplicité légendaire, qui le poussait à se contenter
de ce qu’il avait. Cette vision grandiose reflétait son désir d’élever les FAMa au
plus haut niveau de modernité, mais tout en restant humble et modeste à titre
personnel.
Sadio était un homme pieux qui confiait tout à Allah. Face aux menaces et à
l’adversité, sa réponse était celle d’un croyant sincère : il disait souvent que « rien
n’empêche la mort quand ton jour arrive. C’est une décision divine. » Il répétait
“Alhamdoulillah”, pour signifier sa gratitude et son acceptation de la volonté
d’Allah à tout instant. Grand lecteur du Coran et adepte du zikr, il consacrait ses
moments de repos et une partie de son temps à la spiritualité, surtout lorsqu’il était
en déplacement. C’est d’ailleurs sur son tapis de prière, en pleine communion
avec son créateur, qu’il a affronté l’ultime épreuve de sa vie, si pleine et si utile.
Sadio était aussi un homme humble. S’il considérait les FAMa comme sa propre
famille et se présentait comme le « grand frère » de tous, pour détendre
l’atmosphère en présence des aînés, il n’a jamais laissé son titre de Ministre
effacer son respect pour le droit d’aînesse. Je l’ai ainsi vu porter le sac de certains
collègues ministres lors des voyages. Sociable et fin observateur, il mettait un
point d’honneur à assister personnellement aux événements sociaux des
camarades et au-delà de ses proches et de ses collaborateurs. L’image de Sadio
marchant dans la foule, pour accompagner un défunt à sa dernière demeure, est
devenue une banalité.

Une anecdote résume à la perfection la personnalité de Sadio. Quelques mois
après sa nomination au MDAC, un opérateur économique qui lui portait une
grande admiration a voulu lui offrir une forte somme d’argent pensant l’aider.
L’illustre a gentiment refusé l’offre, reorientant le genereux donateur vers la
renovation de la maternite de la ville garnison de KATI qui l’a vu naitre, et dont
il ne supportait pas l’idee qu’elle ne reponde pas aux normes les plus modernes.

Enfin, Sadio était brave et bienfaisant. Des combats de Kidal en 2012, où il
sauva des vies au péril de la sienne, aux évacuations sanitaires qu’il finançait en
urgence pour ses frères d’armes et leurs familles, il incarnait toutes les vertus
d’humanisme et d’altruisme. Sa générosité a touché le sacré, et on ne compte pas
le nombre de Maliens, surtout modestes, qui ont pu accomplir le HAJJ grâce à
Sadio.
Malgré son rôle historique à la tête du MDAC, il serait injuste de ne voir que la
stature. Derrière la charge écrasante, il y avait l’homme. Un homme serein dont
le simple regard, dont la capacité d’écoute suffisait à apaiser une situation
conflictuelle, et dont la pudeur cachait mal une immense capacité d’affection.
À sa famille, notre famille, à sa mère, notre mère, à ses enfants, nos enfants, à ses
compagnons d’armes, au Peuple fier du Mali, la 24ème promotion de l’EMIA vous
l’affirme aujourd’hui : votre chagrin est le nôtre, car en le perdant, c’est un digne
fils, un grand homme, un militaire exceptionnel, un frère irremplaçable que la
nation toute entière a perdu.
Le baobab que nous pleurons aujourd’hui est tombé, c’est vrai. Mais en tombant,
il libère une immense clairière de lumière. C’est à nous, désormais, de ne pas
habiter l’ombre de son absence, mais d’avancer dans la trace lumineuse de son
exemple. C’est à nous de ne pas courber l’échine et de faire vivre les idéaux qui
ont toujours habité l’Homme, et qui l’ont poussé à donner sa vie.
Au moment où les honneurs militaires vont retentir pour la dernière fois, que ce
bruit ne soit pas un adieu, mais un appel. L’appel à garder vivant le meilleur de ce
qu’il nous a offert : le sens du devoir, l’amour de la patrie, et cette intime
conviction que l’homme n’est grand que par le service rendu aux autres.
Alors, dans le recueillement et la gratitude du cœur, nous pouvons murmurer les
mots de l’ultime hommage :
Adieu Sadio,
Adieu, mon Général ;

Adieu, Monsieur le Ministre d’Etat, Ministre de la Défense et des Anciens
Combattants ;
Adieu cher compagnon d’armes ;
Adieu cher frère ;
Que la terre te soit légère, et que l’éternité t’accorde cette paix que tu n’as jamais
marchandée à tes hommes et au Peuple fier du Mali.
Dors en paix Sadio

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