Menaces sur le Groenland, interventions militaires controversées, politique migratoire ultra-restrictive, la Coupe du Monde 2026, organisée en grande partie aux États-Unis, se retrouve au cœur d’une tempête géopolitique. De Berlin à Paris, de Londres à Édimbourg, responsables politiques et dirigeants du football s’affrontent sur une question explosive.
La Coupe du Monde 2026 s’inscrit dans un contexte géopolitique explosif qui dépasse largement le cadre du football. Au cœur des crispations figure la question du Groenland, territoire autonome rattaché au Danemark, que Donald Trump a de nouveau évoqué comme relevant des intérêts stratégiques américains, ravivant des tensions diplomatiques majeures avec l’Union européenne. À cela s’ajoutent les interventions militaires récentes des États-Unis en Amérique latine et en Afrique, notamment au Venezuela et au Nigeria, dénoncées par plusieurs chancelleries occidentales comme des atteintes à la souveraineté des États. Ces actions ont nourri un malaise croissant autour du rôle des États-Unis comme pays hôte principal du Mondial, alors que 78 des 104 rencontres doivent s’y dérouler. Pour de nombreux responsables politiques européens, accueillir la plus grande compétition sportive mondiale dans un pays accusé de « détruire le droit international » pose un problème moral et symbolique majeur, d’autant plus à l’approche d’un événement censé promouvoir l’unité entre les peuples.
Ce malaise est renforcé par la politique migratoire restrictive de l’administration Trump, qui pèse directement sur l’organisation du tournoi. Le département d’État américain a annoncé la suspension du traitement des visas d’immigration pour les ressortissants de 75 pays, s’ajoutant à des interdictions de voyage visant près de 40 États, parmi lesquels l’Afghanistan, l’Iran, la Somalie ou la Russie. Dans ce contexte, la FIFA a lancé le FIFA PASS, un système de créneaux d’entretien prioritaires pour les détenteurs de billets souhaitant se rendre aux États-Unis. Présentée lors d’un événement à la Maison-Blanche en présence de Donald Trump, Marco Rubio et Gianni Infantino, cette initiative vise à faciliter l’accès au territoire américain pour les supporters, tout en entérinant une sélection stricte à l’entrée. « L’Amérique accueille le monde », a assuré le président de la FIFA, quand Marco Rubio a précisé que ces créneaux permettraient aux supporters de « montrer qu’ils satisfont aux critères ». Une mesure qui suscite de vives critiques, certains y voyant une Coupe du monde à plusieurs vitesses, où des milliers de fans, d’assistants, de personnels de fédérations voire d’arbitres, issus de «pays jugés à risque», pourraient être exclus de fait de la compétition.
L’Europe contre-attaque
Face à cette accumulation de tensions, les appels à un boycott, ou au minimum à un débat sur la participation, se multiplient en Europe. En Allemagne, le vice-président de la DFB, Oke Göttlich, a estimé que « le moment est venu d’envisager et de discuter sérieusement de cette question », jugeant que « la menace potentielle est plus grande aujourd’hui qu’elle ne l’était » lors des boycotts olympiques des années 1980. Il s’interroge ouvertement : « y a-t-il tabou franchi lorsqu’on nous menace ? Lorsqu’on nous agresse ? Lorsqu’il y a des morts ? J’aimerais savoir où Donald Trump trace la ligne ». En parallèle, le député conservateur Roderich Kiesewetter a déclaré avoir « du mal à imaginer que des pays européens participent à la Coupe du Monde » en cas d’escalade avec l’UE. Au Royaume-Uni, 23 députés issus de plusieurs partis ont signé une motion appelant à l’exclusion temporaire des États-Unis des grandes compétitions sportives tant qu’ils ne démontreront pas un « respect clair du droit international et de la souveraineté des autres nations », citant explicitement les interventions au Venezuela et au Nigeria.
En Écosse, le débat a également gagné la sphère politique. L’ancienne députée du SNP, Hannah Kennedy-Bardell, a évoqué sur le plateau de Scotland Tonight la possibilité d’un boycott de la Coupe du Monde 2026, en réaction aux menaces de Donald Trump concernant le Groenland. « Il est facile de prendre à la légère la folie et l’inconscience de Donald Trump, mais en réalité, cela a de réelles implications pratiques », a-t-elle expliqué, évoquant à la fois les conséquences pour le Danemark et les Groenlandais, mais aussi l’impact d’une possible guerre tarifaire sur les populations européennes déjà fragilisées par le Brexit et la crise du coût de la vie. En France, le député LFI, Éric Coquerel, a appelé la FIFA à ne pas organiser de matches sur le sol américain, plaidant pour un recentrage sur le Mexique et le Canada : « aucun match ne doit se tenir sur le sol des États-Unis », dénonçant un pays qui « agresse ses voisins, menace d’envahir le Groenland » et « interdit d’accès à l’épreuve les supporters d’une quinzaine de pays ». Ancien président de la FIFA, Sepp Blatter n’a pas hésité à prévenir les fans du monde. À l’inverse, plusieurs fédérations et gouvernements refusent, à ce stade, toute logique de boycott.
En France, le président de la FFF, Philippe Diallo, a réaffirmé sa ligne : « j’ai une position de principe qui est de ne pas mélanger la politique et le sport », rappelant que « le sport, c’est un lieu de rassemblement de tous les peuples ». Tout en appelant à la vigilance, il assure qu’« aujourd’hui, il n’y a aucune volonté de la part de la Fédération française de football de boycotter la Coupe du Monde aux États-Unis ». La ministre des Sports, Marina Ferrari, va dans le même sens, déclarant : « au stade où nous parlons actuellement, il n’y a pas de volonté de boycott », tout en précisant ne « pas préjuger de ce qui pourrait se passer » si la situation internationale se dégradait. Les Pays-Bas, ou encore plusieurs instances européennes adoptent une posture similaire, privilégiant le dialogue à la rupture. En toile de fond, la proximité affichée entre Gianni Infantino et Donald Trump, symbolisée par la remise d’un Prix de la paix au président américain, rend toutefois tout revirement de la FIFA hautement improbable à quelques mois du coup d’envoi. Une réalité qui alimente encore davantage le débat, celui d’une Coupe du monde prise en étau entre diplomatie, valeurs sportives et rapports de force géopolitiques.
Source : footmercato




