Les autorités togolaises ont procédé, le 17 janvier 2026, à l’extradition vers Ouagadougou du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, ancien président de la transition burkinabè. Réfugié à Lomé depuis sa chute en septembre 2022, l’ex-chef de la junte a été remis aux autorités du Burkina Faso dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires. Cette opération marque un tournant majeur dans la gestion régionale des crises issues des transitions militaires au Sahel.Des accusations lourdes de “tentative de déstabilisation”Selon plusieurs sources concordantes, dont des informations relayées par le journaliste Serge Daniel (RFI), tout se serait accéléré au cours de la semaine précédant l’extradition. Des agents de sécurité se seraient présentés au domicile de Paul-Henri Sandaogo Damiba à Lomé.
Il aurait ensuite été présenté devant une juridiction togolaise pour tentative de déstabilisation, avant d’être privé de liberté.
Une valise contenant ses effets personnels lui aurait été remise. Il aurait eu le temps d’adresser un dernier message de courage à son épouse, avant d’être conduit à l’aéroport.
À Ouagadougou, les autorités burkinabè l’accusent d’avoir orchestré ou soutenu une tentative de coup d’État contre le régime du capitaine Ibrahim Traoré, début janvier 2026.
Des accusations déjà formulées par le passé, notamment en septembre 2024, mais jamais suivies d’un tel dénouement.
Le Togo face à un choix stratégique
La décision togolaise ne relève pas uniquement du cadre judiciaire. Elle s’inscrit dans une lecture stratégique régionale, portée au plus haut niveau de l’État.
Positionné depuis plusieurs années comme médiateur discret entre les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la communauté internationale, le président Faure Gnassingbé ne pouvait ignorer les risques liés au maintien sur son territoire d’un ancien chef militaire soupçonné de menées subversives.
Selon des sources sécuritaires, deux mises en garde officielles auraient été adressées à Paul-Henri Sandaogo Damiba entre fin décembre 2025 et début janvier 2026. Ces avertissements seraient restés sans effet.
Dans ce contexte, Lomé a estimé que la présence prolongée de l’ex-putschiste constituait :
• un risque sécuritaire,
• un handicap diplomatique,
• et une source potentielle d’accusations de complaisance de la part d’Ouagadougou.
Un signal fort envoyé aux acteurs de l’instabilité
L’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba apparaît ainsi comme un message clair :
le Togo refuse désormais d’être perçu comme une terre d’exil politique tolérant des activités de déstabilisation dans la sous-région.
Pour la junte burkinabè, il s’agit d’une victoire symbolique et politique. À Ouagadougou, l’ancien président de la transition pourrait être poursuivi pour haute trahison et atteinte à la sûreté de l’État, des chefs d’accusation passibles de la peine capitale selon un projet de réforme du Code pénal actuellement à l’étude.
Une affaire révélatrice des nouvelles lignes sécuritaires en Afrique de l’Ouest
Au-delà du cas Damiba, cette affaire illustre :
• la reconfiguration des alliances sécuritaires au Sahel,
• le durcissement des positions des régimes militaires face aux menaces internes,
• et la volonté de certains États côtiers, dont le Togo, de préserver leur crédibilité diplomatique tout en évitant l’embrasement régional.
Dans une région fragilisée par les coups d’État, le terrorisme et les rivalités géopolitiques, cette extradition pourrait faire jurisprudence politique.
Source : securiteinfos.com




